Bruxelles, le 10 juin 2009 (CSI en ligne) : Selon l’édition de cette année du Rapport annuel des violations des droits syndicaux de la CSI, qui expose en détail les violations des droits fondamentaux des travailleurs dans 143 pays, 2008 a constitué une nouvelle année difficile et, dans la plupart des cas, dangereuse pour les syndicalistes aux quatre coins du monde. 76 syndicalistes ont été assassinés en raison de leurs actions de défense des droits des travailleurs/euses, et un grand nombre ont été agressés physiquement ou soumis à des actes de harcèlement, d’intimidation ou à des arrestations par les autorités. Le nombre total d’assassinats dans le monde a diminué par rapport à l’année antérieure, au cours de laquelle avaient été recensés 91 assassinats. Toutefois, le nombre d’assassinats en Colombie , connue pour être le pays le plus dangereux sur terre pour les syndicalistes, a augmenté, s’élevant à 49 – dix de plus par rapport à l’année antérieure – malgré les assurances d’amélioration de la situation données par le gouvernement du président colombien Álvaro Uribe
Outre le nombre consternant de victimes en Colombie , neuf syndicalistes ont été assassinés au Guatemala , où le nombre d’attaques violentes à l’encontre de représentants et de membres syndicaux a augmenté au cours des dernières années. Quatre syndicalistes ont été assassinés aux Philippines ainsi qu’au Venezuela , trois au Honduras , deux au Népal et un en Irak , au Nigeria , au Panama , en Tunisie et au Zimbabwe , où le régime de Mugabe a poursuivi son règne de la terreur à l’encontre du mouvement syndical du pays. Dans bien des cas, les gouvernements ont été directement ou indirectement impliqués dans les assassinats. 50 menaces de mort graves ont au total été enregistrées dans sept pays également, conjointement avec 100 cas d’agressions physiques dans 25 pays.
Les gouvernements dans au moins neuf pays ( Birmanie, Burundi, Chine, Cuba, Iran, Corée du Sud, Tunisie, Turquie et Zimbabwe ) ont été responsables de l’emprisonnement de syndicalistes en raison de leurs activités légitimes en faveur des travailleurs/euses.
« Les gouvernements dans chaque région ne protègent clairement pas les droits fondamentaux des travailleurs/euses et, dans plusieurs cas, ont été responsables de la forte répression de ces droits. Le fait que certains pays, notamment la Colombie , le Guatemala et les Philippines , apparaissent d’année en année sur la liste des assassinats démontre que les autorités sont au mieux incapables de garantir une protection et sont, dans certains cas, complices des assassinats avec des employeurs sans scrupules », a affirmé Guy Ryder, secrétaire général de la CSI.
Quelque 7.500 cas de licenciement de travailleurs/euses impliqués dans des activités syndicales ont été enregistrés dans 68 pays au total, dont 20 pays rien qu’en Afrique . Ces cas ne sont toutefois que la partie visible de l’iceberg dans la mesure où de nombreux autres licenciements ne sont pas rapportés. Le pays qui détient le record du plus grand nombre de licenciements a été la Turquie , où plus de 2.000 licenciements ont été rapportés et où le gouvernement est resté intolérant à l’égard des activités syndicales en général. Le deuxième pays sur la liste a été l’ Indonésie , où 600 licenciements ont été recensés. Des centaines de travailleurs/euses ont également été licenciés au Malawi , au Pakistan , en Tanzanie et en Argentine .
En Birmanie , en Chine , au Laos , en Corée du Nord , au Vietnam ainsi que dans plusieurs autres pays, seuls des syndicats officiels contrôlés par l’État sont autorisés, alors qu’en Arabie saoudite de réelles activités syndicales demeurent pratiquement impossibles. Une intense ingérence du gouvernement dans les affaires syndicales s’est poursuivie au Belarus durant la majeure partie de l’année.
L’impact de la situation économique mondiale sur les droits des travailleurs/euses a constitué une caractéristique proéminente dans de nombreux pays. Plus particulièrement, une grande partie de la répression en Afrique a consisté en des réactions dures des gouvernements à l’encontre des travailleurs/euses cherchant à obtenir des améliorations salariales dans la mesure où ils ont été touchés par la crise alimentaire mondiale, à l’instar des nombres de plus en plus élevés de familles qui ne sont pas en mesure de se nourrir adéquatement. Il semble incroyable qu’un grand nombre des personnes les plus touchées soient justement des travailleurs/euses du secteur agricole. L’impact de la crise financière mondiale a commencé à se faire sentir fin 2008, exerçant ainsi une pression supplémentaire sur la sécurité de l’emploi, les salaires et les conditions de travail.
La tendance croissante à exploiter et à bafouer gravement les droits des travailleurs/euses dans les zones franches d’exportation (ZFE) dans le monde - qui était déjà caractéristique des années antérieures - s’est aggravée en 2008. Le Rapport mentionne 34 pays où la protection des travailleurs/euses dans les ZFE est inadéquate ou inexistante, notamment en Albanie , aux Bahamas , au Belize , au Costa Rica , au Guatemala , au Honduras , en Jamaïque , en Jordanie , au Mexique , au Nicaragua , en Pologne , en République dominicaine , au Salvador et au Sultanat d’Oman . 22 autres pays ont été choisis en raison de l’exploitation des travailleurs migrants qui généralement ne bénéficient même pas des droits les plus fondamentaux, et dont la situation les rend fréquemment les plus vulnérables à l’exploitation et aux abus.
« Des centaines de millions de travailleurs/euses, aussi bien dans les pays en développement qu’industrialisés, ne bénéficient pas des droits fondamentaux de liberté syndicale et de négociation collective. Pour bon nombre d’entre eux/elles, en particulier ceux/celles qui ont un emploi précaire, cette dénégation bouleverse leur vie, étant donné qu’ils travaillent pendant des heures extrêmement longues dans des situations dangereuses ou insalubres, en échange de salaires si bas qu’ils ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins ni à ceux de leur ménage. L’absence de respect des droits des travailleurs/euses a entraîné une hausse des inégalités dans le monde entier, contribuant ainsi à déclencher la récession mondiale » a affirmé Guy Ryder.
Les tendances inquiétantes en ce qui concerne les droits des travailleurs/euses dans les pays industrialisés sont également mises en exergue dans le Rapport, où le recours au travail en sous-traitance et aux agences de sous-traitance de main-d’œuvre est en hausse, sapant ainsi les revenus, les conditions et les droits au travail. Du côté positif, il convient de noter que les changements de gouvernement tant en Australie qu’aux Etats-Unis font espérer de nouvelles protections des travailleurs/euses dans ces deux pays, où les niveaux des dernières années s’étaient avérés extrêmement bas.
Les travailleurs/euses au Burkina Faso , au Kenya et au Mozambique ont également eu des raisons d’être optimistes, à la suite de l’adoption d’une nouvelle législation qui reconnaît et autorise la syndicalisation, tandis qu’aux Maldives , la nouvelle Constitution du pays garantit la liberté syndicale et le droit de grève.
Bruxelles, le 10 juin 2009. (CSI en ligne) : Le rapport 2009 sur les violations des droits syndicaux dans le monde, publié aujourd’hui par la Confédération syndicale internationale (CSI), fait état de pratiques antisyndicales plus généralisées et plus grave qu’au cours des dernières années en Europe , alors que cette région du monde est encore montrée comme le modèle à suivre en matière sociale. Cette tendance se vérifie aussi bien dans les bastions traditionnels du syndicalisme en Europe occidentale que dans les économies en transition d’Europe orientale. En outre, près de 50 travailleurs ont été arrêtés en raison de leurs activités syndicales, principalement en Russie et au Belarus .
En Grèce , le comble de l’horreur a été atteint avec l’agression à l’acide sulfurique d’une dirigeante syndicale d’un syndicat du nettoyage, aujourd’hui mutilée à vie. D’origine bulgare, la syndicaliste a sans aucun doute été prise pour cible en raison de sa lutte pour les droits de ses milliers de collègues, la plupart d’entre eux étant des migrants en situation irrégulière. Les agressions physiques envers des syndicalistes en Europe augmentent dangereusement d’année en année. On compte cette année au moins 14 cas dont 6 femmes. C’est notamment le cas dans la Fédération de Russie , où le dirigent du syndicat ITUA dans l’atelier de montage de « Ford Motors » a été agressé à deux reprises tandis que deux autres membres de ce syndicat étaient victimes d’agression à l’entrée de l’usine Tagaz où sont confectionnés les voitures Hyundai. Des agressions de ce type ont été recensées à Moscou , en Bulgarie , en Serbie et au Kosovo .
Selon le rapport de la CSI, la violence policière et le harcèlement judiciaire contre des syndicalistes ont été très intenses en Europe. C’est notamment le cas en Turquie où la police d’Istanbul a réprimé avec force et violence une manifestation organisée à l’occasion du 1er mai au cours de laquelle de nombreux syndicalistes ont été arrêtés et brutalisés. En outre, la directrice du département juridique et des affaires féminines du Syndicat des travailleurs des services sanitaires et sociaux a passé huit mois en prison pour avoir assisté à une conférence de presse au cours de laquelle le meurtre d’une autre militante syndicale avait été dénoncé. Sept militants du Syndicat des travailleurs de l’industrie automobile (TÜMTIS) ont été maintenus en détention pendant plus de six mois sans jamais comparaître devant un tribunal alors que plusieurs centaines d’autres militants ont été licenciés en raison de leur affiliation au syndicat.
Le Belarus , où les violations des libertés démocratiques étaient le passe-temps favori du régime Loukachenko, est l’un des pays où les arrestations de syndicalistes ont été les plus nombreuses. Alors que 32 jeunes membres du syndicat CDTU étaient arrêtés sans motif valable, huit autres étaient condamnées à des peines d’emprisonnement de courte durée et auraient été tabassées par la police. Force est de constater, malgré que le régime soit un champion des pratiques antisyndicales, une légère amélioration avec l’abandon de propositions de nouvelles lois antisyndicales.
Le rapport de la CSI met en exergue une tendance particulièrement importante cette année : les licenciements antisyndicaux. Près de 2.400 cas ont été recensés cette année, dont 2.000 en Turquie. Cette tendance s’est vérifiée en Géorgie , en Russie , en Ukraine ainsi qu’en Suisse et au Royaume uni . Bien souvent, la législation entrave la protection des travailleurs contre les licenciements antisyndicaux. Au rayon des améliorations, le gouvernement géorgien a finalement accepté de procéder à une évaluation indépendante de sa législation pour examiner si elle est conforme aux normes internationales du travail, et le gouvernement suisse a engagé un débat tripartite. Au Monténégro par contre, à la suite de l’adoption de la nouvelle législation du travail, les travailleurs ont été contraints de changer leurs contrats à durée indéterminée en contrats à durée déterminée.
Autre tendance relevée dans le rapport de la CSI, le droit des syndicats d’engager des actions collectives a été restreint dans plusieurs pays. L’exemple le plus frappant est le droit de grève qui a été mis à mal dans plusieurs Etats de l’Union européenne . En France , une nouvelle loi a rendu plus difficile l’organisation d’une grève dans l’enseignement primaire et secondaire, alors qu’en Belgique, de nombreuses entreprises multinationales ont entamé des poursuites judiciaires afin d’obtenir l’interdiction de certaines formes d’action collective comme les piquets de grève. Autre pratique syndicale mise à mal, les droits préférentiels en matière de négociation collective ont été retirés aux syndicats majoritaires en République Tchèque . Des nouvelles lois visant à bafouer les droits syndicaux sont en cours d’élaboration en Croatie , en Pologne et en Macédoine . Par contre, des amendements légaux introduits dans la législation en Lituanie et en Bosnie ont amélioré le respect des normes de l’OIT.
Le monde traverse aujourd’hui l’une des plus grandes crises économiques et financières qu’il ait connu. Cette crise peut servir souvent d’alibi pour restreindre les droits des travailleurs. En Hongrie et en Serbie , les gouvernements ont essayé de suspendre les conventions collectives nationales suite à celle-ci. Malgré tout, des compromis, quoique temporaires, ont été trouvés afin de reporter la décision finale. Dans d’autres pays, comme en République tchèque , certains employeurs, sous couvert de la crise, ont fait pression sur les travailleurs pour qu’ils retirent leur soutien aux syndicats. En France , une nouvelle loi permet que les conventions conclues au niveau de l’entreprise soient, à certaines conditions, prioritaires par rapport aux conventions sectorielles même lorsque ces dernières sont plus favorables aux travailleurs.
Le rapport de la CSI souligne le fait que certains gouvernements européens n’hésitent pas à utiliser des « syndicats » dépourvus d’indépendance ou de représentativité pour affaiblir les réelles organisations de travailleurs. En Russie , les fonctionnaires ont incité les syndicats à s’affilier à la confédération Sotsprof, qui bénéficie clairement d’une relation privilégiée avec les autorités. En Géorgie , un syndicat jaune d’enseignants a été établi et promu par des directeurs d’école et le ministère de l’Éducation. Au Kirghizistan , à la suite du refus de la Fédération des syndicats du Kirghizistan d’élire comme dirigeant un protégé du gouvernement, le président de la Fédération a été suspendu de ses fonctions sur la base d’accusations criminelles qui avaient été officiellement retirées plusieurs années auparavant.
« La crise financière et économique mondiale ne doit pas servir de prétexte pour affaiblir les organisations syndicales » a déclaré Guy Ryder, secrétaire général de la CSI. « Les droits des travailleurs doivent être respectés par tous et partout dans les meilleurs délais. »
La CSI représente 170 millions de travailleuses et de travailleurs au travers de 312 organisations nationales de 157 pays.http://www.youtube.com/ITUCCSI
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En septembre 2008, à New York, j’assistais à la réunion de haut niveau organisée par l’ONU sur les Objectifs du millénaire pour le développement, ces buts que se sont fixés les membres de la communauté internationale afin de tenter de réduire la pauvreté d’ici à 2015. L’un après l’autre, les délégués ont pris la parole et réclamé davantage de moyens financiers pour en finir avec la faim, pour réduire la mortalité des enfants en bas âge et des femmes en couches, pour que chacun ait accès à l’eau potable et à des installations sanitaires, pour que le droit des filles à l’éducation soit respecté. La vie et la dignité de milliards d’êtres humains étaient en jeu ; pourtant, on ne voyait se manifester qu’une volonté limitée de dégager l’argent qu’appelaient tous leurs discours. En quittant le siège des Nations unies, mes yeux se sont posés sur des écrans où il était question de tout autre chose, d’un événement survenu à l’autre bout de Manhattan : l’effondrement de l’une des plus grandes banques d’affaires de Wall Street. C’est vers cela qu’était vraiment tournée toute l’attention de la planète, tous ses moyens aussi. Les gouvernements de pays riches et puissants, qui disaient ne pas disposer des ressources nécessaires à la lutte contre la pauvreté, ont soudain trouvé des sommes infiniment supérieures pour voler au secours de banques à la dérive ou stimuler des secteurs de l’économie qu’on avait laissés pendant des années échapper à tout contrôle et qui, désormais, s’effondraient.